ecole-chaouki - approche par compétence2
l’intégration et donc d’évaluation formative du degré de maîtrise des compétences de base, le tout couronné par un ou des moments d’évaluation certificative.
Ces différents moments permettent une structuration de l’année scolaire en périodes en fonction desquelles est établie une gradation des apprentissages en termes de paliers correspondant à des niveaux d’attaque des compétences de base dont la maîtrise globale nécessite une progression des apprentissages en termes de ressources, de complexité, de tâches à accomplir, de types de tâches et de volume.
Compte tenu de cette progression des apprentissages planifiés, des résultats à atteindre et de la maîtrise escomptée exprimée en termes d’objectifs paliers et d’objectifs terminaux, on s’accorde généralement à classer les compétences en :
-                                                                                                         Compétences terminales d’intégration ;
-                                                                                                         Compétences paliers.
Quel sens ces expressions revêtent-elles ?
 
Compétences terminales d’intégration
 
Ce sont les compétences de base dont on attend la maîtrise à la fin d’un niveau et en fonction desquelles on formule les objectifs/résultats à atteindre en fin d’apprentissage. Ces objectifs/résultats qui reprennent tous les acquis d’un niveau sont appelés objectifs terminaux d’intégration (OTI)[1].
 
Compétences paliers
 
Dites aussi niveaux d’attaque, les compétences paliers sont les niveaux intermédiaires dont on planifie le développement du début de l’année à la fin de chacune des périodes d’un niveau et en fonction desquels on formule les objectifs/résultats ou extrants à atteindre en fin de période en termes d’objectifs paliers de compétences (OPC).
 
Pour synthétiser, nous dirons que, pour chaque niveau, le degré de maîtrise escompté des compétences de base en fin de parcours (fin de l’année scolaire) est vérifiable par le niveau d’atteinte d’un objectif terminal d’intégration (OTI) et que la gradation de cette maîtrise est vérifiable par le niveau d’atteinte d’un objectif palier de compétence (OPC). Les systèmes éducatifs qui adoptent l’approche par compétences planifient leurs apprentissages en fonction de quatre paliers de compétences par niveau, ce qui correspond, dans le système éducatif marocain actuel aux quatre périodes de six semaines d’apprentissages ponctuels suivies chaque fois de deux semaines de soutien.
 
Capacité
 
Définition du concept
 
Le terme capacité est aussi polysémique que le terme compétence. La littérature est riche en écrits qui le singularisent et en propositions qui l’identifient à l’habileté et parfois à la compétence. Il est aussi des spéculations qui portent sur la présentation de la compétence comme élément de la capacité et non l’inverse. C’est pour ces différentes raisons que nous entreprenons de faire le point sur la question pour qu’il n’y ait plus de confusion et pour que, dans l’ensemble du territoire, nos enseignants parlent le même langage.
Entendons-nous sur un point qui ne suscite pas beaucoup de divergence de point de vue. La capacité est perçue comme un savoir-faire nécessitant la mobilisation en situation de ressources cognitives. Xavier Roegiers [2]dira à ce sujet que la capacité, « c’est le pouvoir, l’aptitude à faire quelque chose ». Il dira aussi que c’est une activité que l’on exerce » comme, par exemple, « identifier, comparer, mémoriser, analyser, classer sérier, abstraire, observer, … ».
La capacité est donc une aptitude qui s’exerce sur un contenu dont l’appropriation est indispensable pour aller progressivement vers la maîtrise de la compétence visée. En effet, les ressources sont une condition sine qua non de l’édification de compétences. Sans ressources, mais des ressources intégrées, on ne peut nullement développer de compétences.
On comprend donc que plusieurs capacités peuvent œuvrer de concert pour contribuer à la construction d’une compétence, ce qui nous fera ouvrir une parenthèse pour faire le lien avec ce que nous avons avancé à propos de la compétence et dire avec Michel Develay « qu’une compétence peut être décomposée en composantes plus spécifiques, les " éléments de compétence " dans la terminologie du collégial québécois, les capacités dans d’autres approches[3]. Les capacités sont donc des éléments constitutifs de la compétence et non l’inverse.
 
Les capacités peuvent être rassemblées en trois catégories  selon les dimensions de la personnalité :
-       Les capacités cognitives : c’est le domaine de la réflexion, de l’assimilation, de l’analyse, de la comparaison, du raisonnement, …
-       Les capacités affectives : c’est le domaine du consentement, du refus, de l’écoute, de l’appréciation, de la valorisation, …
-       Les capacités psychomotrices : c’est le domaine relatif à l’action et à l’adresse (colorier, tracer, dessiner, mélanger, …).
 
Personnellement, je supprimerais cette partie qui suit, parce qu’elle me paraît aller trop loin pour le propos. A vous de voir… Eventuellement évoquer des caractéristiques de manière beaucoup plus rapide ? Ou renvoyer le lecteur à un écrit à ce sujet ?
 
Habileté
 
Bien que le terme « habileté » soit proche de celui de « capacité », comme le signale Xavier Roegiers[4], certains théoriciens utilisent le terme « habileté » pour désigner des aptitudes facilement identifiables à travers l’adresse ou la facilité dans le maniement d’un outil ou d’un instrument ou à travers l’exécution de tâches relativement complexes comme, par exemple, exprimer un sentiment, renseigner ou demander un renseignement, …
 
Contenus disciplinaires
 
On définit les contenus disciplinaires comme des savoirs codifiés qui constituent une discipline ou des disciplines. Les méthodes qui font des contenus l’objet de l’apprentissage proposent des savoirs décontextualisés, parfois décomposés en plus petites unités.
Pour être fonctionnels en approche par compétences, ces savoirs ont besoin d’être structurés et regroupés sous forme de ressources intégrées. Les systèmes éducatifs qui proposent encore des cursus scolaires conçus selon une progression planifiée en termes de contenus isolés et qui, par le biais de préfaces de manuels ou de terminologie empruntée à la pédagogie de l’intégration, cherchent en vain à donner un cachet « approche par compétences » à leur produit, ces systèmes donc, finissent par verser dans ce que certains appellent « compétences virtuelles ».
 
Compétence, capacité, habileté, contenus disciplinaires : que faut-il retenir ?
 
Pour synthétiser, nous rappelons que notre point de départ était le concept de « compétence » auquel nous avons réservé beaucoup de temps et beaucoup d’espace dans ce guide. Nos propos sont allés ensuite dans le sens l’explicitation des ressources nécessaires pour la mise en œuvre des compétences, les capacités, puis les habiletés pour arriver aux contenus disciplinaires. Nous ne saurions passer à d’autres concepts sans voir les différents aspects qui les différencient ou qui les rapprochent.
Pour commencer, nous dirons que les compétences, à la différence des capacités, et à fortiori les habiletés, nécessitent la mobilisation de ressources intégrées dont les capacités et les habiletés, et ce, dans des situations beaucoup plus complexes et beaucoup plus globales.
Nous dirons aussi que, comparée à la capacité qui réfère à des savoirs intégrés à large spectre, comme on dit dans le jargon de la pharmaceutique, l’habileté s’exerce sur des savoirs beaucoup plus restreints et de manière beaucoup plus ponctuelle.
Enfin, les contenus n’ont de sens que s’ils sont mobilisables de manière intégrée pour répondre à des besoins spécifiques.
Voici un exemple d’illustration relevant de l’apprentissage de la langue française :
-       Contenus disciplinaires: la conjuguaison des verbes d’action ou d’état au passé (temps et modes);
-       Habiletés: situer les temps du passé dans l’axe du temps;
-       Capacités: maîtriser la concordance des temps du passé (relation temps/temps et relation fait antérieur/fait postérieur ou faits simultanés);
-       Compétence: rédiger un récit dans le passé, évoquer des souvenirs, communiquer une expérience, etc. en mobilisant la concordance des temps et d’autres ressources (accord, pronominalisation, causalité, …).
 
Pour suspendre - et non pas clore – ce débat autour de ce premier bloc de concepts inhérents à l’approche par compétences, nous soumettons, à la réflexion de tous, une citation de François-Marie Gérard :
 
« La "vraie" différence entre capacité et compétence semble se situer au niveau des situations dans lesquelles elles s'exercent. Une compétence ne peut exister que par confrontation à une situation qui a vraiment du sens, qui "sert à quelque chose". En définitive, il est excessivement rare qu'une compétence s'exerce en milieu scolaire. L'école prépare à la maîtrise des compétences, mais elle ne permet que rarement de les mobiliser, et encore moins de les évaluer. L'école, par essence, reste le lieu par excellence de préparation à "la vie", sans jamais être "la vie". Mais ça, c'est une autre histoire »[5].
Je ne suis pas vraiment d’accord avec cette citation, du moins dans sa première partie : une capacité aussi n’a de sens que par rapport à une situation dans laquelle elle s’exerce…
Essayons de voir maintenant un autre bloc de concepts relatif aussi à l’approche par compétences, mais plus pratique et plus spécifique à la pédagogie de l’intégration conçue comme cadre méthodologique pour la mise en œuvre de l’approche par compétences. Il s’agit des variantes de situations-problèmes.
 
Situation-problème
 
Définition
En approche par compétences, et surtout en pédagogie de l’intégration, le concept de « situation » ou de « situation-problème » occupe une place centrale dans l’ingénierie de la formation, dans la mesure où le dispositif de formation ou le curriculum, comme on voudra, utilise de bout en bout la situation comme cadre d’intégration des acquis, que ce soit pour l’apprentissage de l’intégration ou pour l’évaluation de l’aptitude à l’intégration ou encore pour l’identification ou l’évaluation du degré de maîtrise des compétences.
Pour définir le concept « situation », nous dirons qu’une situation est un cadre contextuel dans lequel l’apprenant se reconnaît mais qui le place face à un obstacle à la fois nouveau et complexe.
Cet obstacle, conçu sous forme de problème à résoudre ou de tâche à accomplir de manière chaque fois exigeante, sollicite la mobilisation éclectique de ressources ou de savoirs intégrés antérieurement acquis. La multiplication de situations dont le degré d’exigence va crescendo, contribue à court terme à la construction de nouveaux savoirs et savoir-faire et à moyen ou à long terme à la maîtrise progressive des compétences.
Pour Xavier Roegiers, « une situation-problème désigne un ensemble contextualisé d’informations à articuler, par une personne ou un groupe de personnes, en vue d’exécuter une tâche déterminée, dont l’issue n’est pas évidente a priori »[6].      
Une situation-problème revêt les aspects suivants :
-       Situation concrète pour l’apprenant ;
-       Énigme à résoudre ;
-       Franchissement d’obstacles ;
-       Dérangement épistémologique, remise en cause des acquis ;
-       Auto- apprentissage ;
-       Conflits sociocognitifs, hypothèses, questions ou débat scientifique ;
-       Activités interactives ;
-       Travail d’équipe pour la recherche d’informations ;
-       Cadre didactique socioconstructiviste. ;
-       Construction d’un modèle explicatif sur le problème scientifique posé.
 
Les constituants d’une situation 
 
 Pour Jean-Marie De Ketele[7], une situation est composée de trois constituants :
Ø      Le support : C’est l’ensemble des éléments matériels qui sont présentés à l’apprenant : texte écrit, illustration, photos, expériences, manipulations. Le support est défini par trois éléments :
o        Un contexte qui décrit l’environnement dans lequel on se situe ;
o        De l’information sur la base de laquelle l’apprenant va agir ; selon le cas, l’information peut être complète ou lacunaire, pertinente ou parasite ;
o        Une fonction qui précise le but de la production attendue.
Ø      La tâche: C’est l’anticipation du produit attendu, le type de tâche attendue de l’élève.
Ø      La consigne: C’est l’ensemble des instructions de travail qui sont données à l’apprenant de façon explicite.
 
Types de situations
 
Dans le souci de présenter de manière synthétique et éclectique ce que la littérature offre en matière de situations-problèmes, nous proposons la typologie suivante :
-                                                                                                         Situation didactique ;
-                                                                                                         Situation d’intégration ;
 
Situation didactique
 
En approche par compétences, une situation didactique est une situation élaborée de manière conforme à la définition ci-dessus et proposée aux apprenants dans une optique de découverte et d’apprentissage de nouveaux savoirs et savoir-faire. Les situations didactiques sont souvent appelées « situations d’exploration ». Chronologiquement, les situations d’exploration sont conçues pour une exploitation en début d’apprentissage, et donc avant les situations d’intégration.
 
Situation d’intégration
 
En approche par compétences, et plus précisément en pédagogie de l’intégration, une situation d’intégration est une situation qui obéit aux principes énoncés dans la définition proposée ci-dessus et qui est organisée pour être exécutée en fin de séquences d’apprentissage.
Les situations d’intégration sont conçues pour permettre, d’une part, à l’apprenant d’apprendre à intégrer ses acquis et de vérifier son aptitude à le faire, et d’autre part, à l’enseignant de évaluer le niveau de maîtrise des contenus, habiletés et capacités que la ou les séquences d’apprentissage ponctuel auront permis d’acquérir.
 
Caractéristiques d’une situation d’intégration[8]
 
-       Elle mobilise des ressources acquises par l’élève (pas d’apprentissages ponctuels nouveaux);
-       Elle est complexe : elle mobilise plusieurs ressources;
-       Elle s’adresse à l’élève, elle est adaptée à son niveau;
-       Elle doit permettre l’évaluation;
-       Elle doit être puisée de la vie quotidienne, significative pour l’élève;
-       Elle doit appartenir à une famille de situations en relation avec la compétence;
-       Le contexte doit être nouveau pour l’élève;
-       La situation doit être nouvelle pour l’élève;
-       Elle doit poser problème;
-        Elle est centrée sur une tâche (caractère finalisé) ; une production concrète est précisée;
-        Elle vise l’intégration des apprentissages antérieurs;
-        Si possible, elle est ouverte, il n’y a pas de résolution unique (elle incite à plusieurs opportunités);
-        Elle se base sur un support;
-        Elle est basée si possible sur des consignes;
-        Elle comprend des informations parasites;
-        Elle échantillonne les ressources importantes à mobiliser.
 
Terminons ces propos par une remarque importante. La distinction entre situation didactique et situation d’intégration n’a de sens que pour le novice, c’est-à-dire pour l’enseignant qui apprend à mener ses apprentissages en termes de compétences. En effet, pour l’expert, l’intégration se réalise au quotidien, à l’occasion de tout apprentissage.
 
Situations-problèmes équivalentes
 
On dit que des situations-problèmes sont équivalentes si :
-          Les savoirs et savoir-faire impliqués ont le même degré de complexité.
-          La complexité est liée au contexte et aux ressources à mobiliser.
-          Le niveau est lié au degré de complexité de la situation-problème : plus une situation-problème est complexe, plus elle renvoie à un niveau d’attaque de plus haut niveau).
-          L’ensemble des degrés de maîtrise visés par des situations-problèmes équivalentes doivent nécessairement être visés par une seule situation-problème conçue pour l’évaluation de la compétence.
 
Familles de situations-problèmes
 
On dit que des situations-problèmes forment une famille de situations quand elles ont les caractéristiques suivantes :
-       Elles se rapportent à la même compétence ;
-       Elles ont des niveaux de complexité équivalents ;
-       Elles permettent de mobiliser les mêmes ressources.
 
Pour conclure sur les composantes de la compétence, ces mêmes composantes pour lesquelles nous venons de proposer des définitions, nous présentons une équation qui revient à Jean-Marie De Ketele, cité par Xavier Roegiers :
 
Compétence                        =          Capacités          X          Contenus          X          Situations
                              =          (objectifs spécifiques)                           X          Situations
                              =          (Ressources mobilisées)           X            Situations
 
 
Approche par compétences et théories dapprentissage
 
On s’accorde à attribuer à l’apprenant une capacité essentielle : la capacité d’apprendre. Cependant, les conceptions de l’apprentissage en situation scolaire divergent selon les orientations des courants psychologiques.
 
Le béhaviorisme
 
Selon cette théorie du comportement, des stimulations externes parviennent à l’individu qui produit des réponses internes et/ou comportementales. L’apprentissage est défini comme la modification du comportement par l’expérience, quant à l’étude des apprentissages, elle est définie comme une science du comportement. L’un des modèles pédagogiques qui traduit cette conception de l’apprentissage en situation scolaire est la pédagogie par objectifs (PPO). Celle-ci met l’accent sur la dimension quantitative des savoirs, d’où le morcellement des contenus et des tâches d’apprentissages ainsi que la hiérarchisation des connaissances à acquérir dans un ordre linéaire et cumulatif, souvent sans une vue d’ensemble.
 Plusieurs critiques ont été soulevées lors de l’application la PPO ; par exemple :
-       Elle ne s’intéresse pas aux processus mentaux des apprenants ;
-       Elle ne permet pas de rendre compte des apprentissages complexes ;
-       Elle réduit le processus d’apprentissage : l’erreur n’est prise en compte ;
-       Elle néglige les conditions dans les quelles les acquisitions sont réalisées ;
-       Elle est peu propice à la constitution des savoirs généraux et rend difficile leur intégration (mobilisation des ressources) ;
 
Quelques auteurs à consulter pour ceux qui veulent approfondir : Pavlov, Skinner, Mager, Hameline…
Le cognitivisme
 
L’approche cognitiviste considère que l’esprit humain a une capacité de traiter les informations. Elle se propose d’étudier et de modéliser les activités mentales de traitement des informations. De telles activités supposent l’identification, la transformation, le stockage et la récupération d’informations ou la mise en relation des informations entre elles, c’est-à-dire une mobilisation des ressources cognitives. Ces informations, différentes selon la nature de la tâcheà accomplir (comprendre, évaluer, résoudre, calculer…), ont cependant un dénominateur commun : elles manipulent toutes les informations symboliques stockées en mémoire.
Lors de la résolution d’un problème, les apprenants usent de stratégies différentes et chaque tâche mobilise les ressources disponibles. Toute surcharge cognitive conduit à une augmentation du risque d’erreur, d’où la nécessité pour l’apprenant de chercher des stratégies de résolution économiques. 
Parmi les approches qui s’inspirent de cette conception de l’apprentissage, on peut citer :
-       La résolution de problème ;
-       La pédagogie différenciée ;
-       Le projet d’action éducative.
 
Quelques auteurs à consulter pour ceux qui veulent approfondir : Gagné, Ausubel, Tardif…
 
Le constructivisme
 
Le constructivisme considère que toute connaissance est construite, et que, dès lors, toute réalité est construite.
Selon ce courant, l’apprentissage est conçu comme le résultat d’un conflit cognitif qui stimule et favorise le processus d’auto-construction. Ce dernier se manifeste par une évolution progressive des structures cognitives vers un niveau de plus en plus logique permettant d’intégrer des données de plus en plus complexes.
Sur le plan pédagogique, le constructivisme considère que l’apprenant apprend en étant confronté à des stimulations en provenance de l’environnement, en assimilant de nouvelles informations (assimilation) et en modifiant en conséquence ses schèmes de pensée (accommodation).
Le socioconstructivisme (voir ci-dessous) a permis de compléter cette théorie en y ajoutant les influences sociales sur l’apprentissage.
 
Quelques auteurs à consulter pour ceux qui veulent approfondir : Piaget, Vigotski…
 
Le socioconstructivisme
 
Selon ce courant, le développement cognitif dans son ensemble résulterait d’un enchaînement d’interactions de plus en plus complexes habilitant l’individu à « maîtriser certaines coordinations lui permettant [] de participer à des interactions sociales plus élaborées qui à leurs tour deviennent source de développement cognitif »[9].
De ce fait, le développement cognitif chez l’apprenant résulte d’une « double formation » externe puis interne, dans un mouvement allant du social vers l’individuel : les capacités de l’apprenant se manifestent d’abord dans les relations interindividuelles engendrées par l’opposition des réponses au problème où l’environnement social de la classe assure le guidage de l’apprenant. Le déclenchement et le contrôle individuel (démarches métacognitives, autorégulation) des activités n’apparaissent que dans un second temps, à l’issue d’un processus d’intériorisation favorisé par la répétition des interactions sociales.
Ainsi l’orientation de l’apprentissage dans ce courant psychologique repose sur le fait que, lorsque l’apprenant est confronté à une situation problème à résoudre, il se produit un conflit cognitif qui, pour se résoudre, gagne à être partagé avec d’autre apprenants : le conflit cognitif évolue alors vers un conflit socio-cognitif. Ce dernier stimule et favorise le processus de développement de l’apprentissage chez l’apprenant, ce qui est conçu comme une socio- construction. Les apprenants partenaires d’une interaction doivent, d’une part, présenter une différence de centration cognitive (points de vue, méthodes, réponses…) et, d’autre part, rechercher une réponse commune au problème.
Cette conception socioconstructiviste de l’apprentissage est considérée comme très favorable au développement des compétences individuelles et tout à fait appropriée à la compréhension du phénomène de l’éducation, ce qui justifie l’orientation que prennent les curriculums, aujourd’hui conçus selon l’approche par compétences.
Quelques auteurs à consulter pour ceux qui veulent approfondir : Doise, Mugny, Perret-Clermont…
 
Personnellement, je supprimerais le tableau qui suit, parce que, à mon avis, il n’est pas mûr.
 
Lapproche par compétences, rupture ou continuité ?
 
Philippe Perrenoud nous rassure qu’il ne s’agit pas de rupture mais qu’il s’agit de « faire du nouveau avec du vieux ! … De faire de l’école un lieu où chacun apprendrait librement et intelligemment des choses utiles dans la vie … »[10].
A la question « Faut-il jeter la PPO à la poubelle ? », Xavier Roegiers répond que la pédagogie d’intégration s’appuie notamment sur les avancées de la PPO :
-       Les enseignants qui pratiquent déjà la PPO vont continuer à s’appuyer sur cette pédagogie pour mettre en place la PI ;
-       Les enseignants qui ne pratiquent pas la PPO apprendront à organiser les contenus de leurs cours en fonction d’objectifs précis à atteindre par les élèves »[11].
Il s’agit donc d’une réorganisation du travail en fonction des besoins requis pour la pratique de l’approche par compétences en classe, donc d’une exploitation à bon escient de ce qui existe déjà. Pour Philippe Perrenoud, qui ne s’oppose ni aux contenus ni aux disciplines, adopter une approche par compétences relève de la continuité.
 
Lapproche par compétences, quelle planification ?
 
Les objectifs assignés aux apprentissages ne peuvent être réalisés que si ces derniers sont organisés de façon réfléchie et structurée dans le temps. Il est également important de réfléchir aux démarches à suivre, aux outils et ressources à déployer et aux dispositions à mettre en œuvre pour construire les apprentissages ponctuels à intégrer pour le développement des compétences chez les apprenants.
Xavier Roegiers distingue deux niveaux de planification :
-                                                                                                                        Une planification au niveau central ;
-                                                                                                                        Une planification au niveau de chaque enseignant.
 
Planification au niveau central 
 
Pour Xavier Roegiers, « Au niveau central, cette planification peut être indicative (une indication pour les enseignants), ou prescriptive (une planification à respecter par tous les enseignants)[12]. Il s’agit pour le planificateur de prévoir les ressources essentielles, les différentes activités et leur échéancier, ainsi que toute autre mesure nécessaire au développement optimal des compétences de base, tout en s’appuyant sur les prescriptions officielles, les caractéristiques des élèves et des enseignants »[13].
Il est donc indispensable, au niveau central, de définir les profils de sortie, de déterminer les curriculums et d’en détailler les contenus en termes de compétences à développer chez les apprenants dans chaque discipline et à chaque niveau scolaire, tout en tenant compte de leurs caractéristiques et de leurs besoins. Il ne faut surtout pas omettre la composante évaluation des acquis en termes de compétences des élèves pendant (palier de compétence) et à l’issue d’une année scolaire, pendant et à l’issue d’un cycle d’apprentissage (certification), autrement dit, déterminer un objectif terminal d’intégration.
 
Planification au niveau de chaque enseignant
 
La planification au niveau de chaque enseignant, quant à elle, s’occupe de l’organisation de l’enseignement/apprentissage selon des séquences réparties en périodes d’activités axées sur des apprentissages ponctuels et en moments d’intégration de ces mêmes apprentissages.
 
Pour conclure, il est important de signaler que la planification des apprentissages, qu’elle soit au niveau central ou au niveau de l’enseignant, n’est pas évidente et qu’elle ne se fait pas sans difficultés, car s’il y a consensus sur certaines constantes, il y a divergence au niveau au niveau des représentations et des attentes, ce qui rend légitime le souci d’apporter quelques clarifications au sujet des convergences et des divergences relatives à l’approche par compétences.
 
Approche par compétences : convergences et divergences[14]
 
Clarifiant la question des convergences et des divergences entre les différentes manières de comprendre l’approche par compétences, Xavier Roegiers, déclare que, de nos jours, « la grande majorité des systèmes éducatifs s’entendent pour placer l’approche par compétences au cœur des curriculums. En effet, ils estiment qu’il s’agit là d’une des meilleures approches connues pour répondre aux exigences et aux défis de la société d’aujourd’hui, tant sur le plan économique que social. Toutefois, la notion même d’ « approche par compétences » est loin d’être entièrement stabilisée : elle est comprise de plusieurs manières différentes, et traduite à travers un certain nombre de variantes dans les curriculums »[15].
 
Convergences
 
L’approche par compétences est, certes, comprise de diverses façons par les acteurs des différents systèmes éducatifs qui l’ont adoptée, mais ces derniers sont unanimes sur trois points essentiels :
 
Les contenus d’enseignement vont plus loin que les savoirs et savoir-faire
 
L’école est appelée plus que jamais à doter l’apprenant d’outils qui le rendent capable d’agir en situation et de résoudre des problèmes. Ce dernier devient donc un acteur et non un consommateur passif qui restitue les acquis pendant des moments d’examens ou d’évaluation. Il en résulte que « les contenus d’enseignement vont plus loin que les savoirs et les savoir-faire »[16]. Il s’agit là d’une évolution logique qui tient compte de « la mondialisation de l’éducation ». L’école, bien qu’elle soit une institution locale, a pour mission de former des citoyens du monde qui agissent dans des situations de la vie en réinvestissant leurs différents savoirs. Xavier Roegiers résume cette situation de la manière suivante : «  aujourd’hui, le pouvoir n’est plus à celui qui sait, comme autrefois, ni même à celui qui cherche, mais à celui qui agit : celui qui entreprend, celui qui organise, celui qui gère … »[17]. De ce fait, l’apprenant acquiert un statut particulier dans le système éducatif. C’est autour de lui que s’organise toute action.
 
L’élève est l’acteur principal de ses apprentissages
 
Partant du nouveau statut de l’apprenant et de l’enseignant en classe, ce dernier se doit d’organiser les séquences d’apprentissage pour permettre à l’élève d’agir en situation.
 
Valorisation des savoir-agir en situation
 
 
-        L’apprenant doit mobiliser des ressources pour accomplir des tâches de manière contextualisée et personnalisée en réponse à des familles de situations complexes liées à des préoccupations locales, régionales  et universelles ;
-       L’apprenant est jugé à travers son aptitude à « savoir agir » de manière critique dans un environnement évolutif.
 
Qu’en est-il des contenus ?
 
On assiste ces dernières décennies à une pléthore de contenus dans les curriculums. Ce phénomène est lié à la multiplication des connaissances disponibles, mais aussi à l’apparition de nouvelles catégories de contenus. On distingue aujourd’hui trois grandes catégories de contenus :
-       Les savoirs et les savoir-faire ;
-       Les savoir-être, les « life skills » ….tout ce qui contribue au savoir vivre en société (civisme, citoyenneté, …) ;
-        Des capacités transversales mobilisées dans toutes les disciplines, ce qui favorise le regroupement en champs disciplinaires.
 
Les processus d’enseignement-apprentissage 
 
Il existe aujourd’hui une multitude de processus d’enseignement-apprentissage, correspondant à différents types de pratiques de classe. Ces pratiques sont réparties selon deux principaux paradigmes :
Paradigme de l’enseignement 
 
Il comporte des pratiques liées au modèle transmissif, aux modèles pédagogiques structurés et à la pédagogie par objectifs. Il s’inspire des théories de transmission, du béhaviorisme et de certaines théories cognitives caractérisées par le découpage, la planification des activités par l’enseignant organisateur et par le processus d’acquisition linéaire.
 
Paradigme de l’apprentissage
 
Ce paradigme englobe des pratiques notamment liées à la pédagogie du projet et aux pédagogies de l’apprentissage. Il s’inspire des théories constructivistes et socioconstructiviste. Il s’appuie sur l’idée selon laquelle les connaissances doivent être progressivement construites par l’élève (processus d’acquisition en spirale), en situation, en interaction avec les autres élèves.
Il en résulte que l’approche par compétences peut être conçue et traduite de différentes manières dans les curricula. Si l’on considère le profil, le processus d’enseignement/apprentissage et le contenu comme variantes de l’approche par compétences, on peut, en les combinant, construire plusieurs modèles. Chaque modèle privilégie tel ou tel profil en favorisant l’un ou l’autre type de savoir, en travaillant selon l’un des processus d’enseignement-apprentissage, comme il est précisé dans le tableau ci-dessous[18] :
 
 
Partant de cela, on peut dire que les approches par compétences peuvent être inclusives : elles peuvent être axées sur une variante précise, tout en incluant les autres. Elles peuvent également être exclusives quand elles opèrent des choix très précis parmi ce qui est proposé.
Des approches inclusives 
 
Elles sont au nombre de quatre. Deux d’entre elles mettant l’accent sur une catégorie particulière de contenus (life skills et compétences transversales). Il s’agit principalement de :
 
L’approche « Nations Unies » 
 
 C’est une approche inclusive orientée vers le développement des attitudes citoyennes. Elle insiste principalement sur les « life skills » (compétences de vie) et le «  vivre ensemble en société » chez les apprenants comme contenus particuliers.
L’approche «  interdisciplinarité » 
 
C’est une approche inclusive qui vise le dépassement du découpage disciplinaire ; Elle est axée surtout sur le développement d’une autre catégorie de contenus qui sont un ensemble de « savoir-faire génériques » (generic skills) appelés « compétences transversales ». Ces dernières sont communes aux différentes disciplines (compétences- clés) et elles permettent à l’apprenant de disposer d’un bagage cognitif et sociocognitif transversal pour faire face aux exigences des différents champs disciplinaires.
Le tableau ci-dessous permet de faire une comparaison entre l’approche « Nations Unies » et l’approche « Interdisciplinarité ».
Les deux autres conceptions mettent l’accent sur une vision particulière des profils de sortie ; il s’agit de l’approche par les standards et de l’approche par l’intégration des acquis.
L’approche par les standards
 
C’est une approche inclusive qui met l’accent sur la mise en place et l’évaluation des savoir-faire et des skills minimaux à chaque niveau dans une optique d’employabilité, c'est-à-dire en référence aux activités professionnelles et personnelles que les apprenants peuvent être amenés à exercer toute la vie. Cette approche est particulièrement développée dans le monde anglo-saxon, et diffusée à travers le monde par des structures comme le Commonwealth, l’USAID ou le cadre européen des qualifications (CEQ).
L’approche par l’intégration des acquis
 
 C’est une approche inclusive qui se situe dans une perspective « globale ». Elle est souvent appelée « approche par compétences de base » ou encore « pédagogie de l’intégration ». Ces compétences décrivent un profil de sortie visé à chaque niveau d’enseignement en vue de l’insertion dans la vie sociale, ce qui constitue une rupture avec l’approche par les standards.
L’approche par l’intégration des acquis vise à fournir à chaque apprenant le bagage cognitif, gestuel et affectif (les ressources) lui permettant, dans un contexte donné, d’agir concrètement dans des situations complexes, en tant que citoyen responsable. Chaque système éducatif définit un ensemble de familles de situations qui correspondent à son contexte, à ses valeurs et aux défis qui lui sont posés.
Le tableau ci-dessous permet de comparer l’approche par les standards et l’approche par l’intégration des acquis.
Ces deux approches, tout comme les deux premières, peuvent être qualifiées d’inclusives dans le sens où elles mettent des accents particuliers certes, mais où elles ne rejettent aucun élément du tableau. Par exemple, chacune de ces approches reconnaît que, à un moment donné, des pratiques de type transmissif peuvent occuper une certaine place, même s’il faut tendre à les remplacer par des pratiques plus actives.
 
Des approches exclusives 
 
D’autres manières, plus exclusives, de voir les choses considèrent qu’on ne peut parler d’approche par compétences que s’il y a un changement radical dans la manière d’envisager les apprentissages : toute connaissance doit être construite par l’élève. Elles excluent certaines pratiques d’enseignement-apprentissage actuelles, comme celle qui s’inspire du modèle transmissif ou de la PPO.
 
En guise de conclusion, on peut dire que les points de convergence entre les différentes tendances de l’approche par compétences se focalisent actuellement sur la volonté d’aller au-delà des savoirs et savoir-faire, en proposant aux élèves des situations complexes à affronter de manière active. On peut dire aussi que les points de divergence représentent des variantes, des aspects complémentaires de l’approche par compétences qui aujourd’hui s’inscrivent généralement dans une visée inclusive. 
 
Elaboration de curriculums en termes de compétences
 
Le curriculum : définitions      
      
Un curriculum est un ensemble complexe qui précise la structuration pédagogique du système d'éducation ou de formation. Selon Xavier Roegiers [19] : «  un curriculum est un ensemble complexe de règles de déroulement pédagogique d'une action d'éducation ou de formation, aux différents niveaux d'opérationnalisation de celle-ci. Cet ensemble est essentiellement défini par:
-       Les finalités, les objectifs généraux de l'action, et/ou les effets attendus sur le terrain à travers celle-ci;
-       Les contenus matières, les objectifs, les capacités, et/ou les compétences, à développer chez les apprenants;
-       Les méthodes pédagogiques;
-       Les modes de gestion du processus, y compris du mode de relation entre les acteurs;
-       L’articulation avec le contexte organisationnel ou environnemental;
-       Les modalités d'évaluations des performances des apprenants ».
 
Selon Xavier Roegiers[20], il existe deux façons de faire pour l’élaboration d’un curriculum en termes d’intégration des acquis :
 
L’approche ascendante
 
Elle part des contenus pour aller à l’élaboration des compétences qui convergent vers un objectif terminal intégrateur. C’est une façon qui est peu souhaitable selon Xavier Roegiers qui suggère une démarche en cinq étapes :
-       Etablir une distinction entre les contenus-matières importants et ceux qui le sont moins.
-       Transformer les contenus-matières en objectifs spécifiques à atteindre.
-       Regrouper les objectifs spécifiques en compétences à atteindre.
-       Distinguer les compétences de base des compétences de perfectionnement.
-       Définir le ou les objectifs terminaux d’intégration.
 

  

 
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
Objectif terminal d’intégration
Compétences
Contenus
 Figure 1: Schématisation de l’entrée par les contenus dans l’élaboration d’un curriculum en termes de compétences
Approche ascendante

 

 
L’approche descendante
 
Elle part de l’objectif terminal d’intégration pour définir une catégorie de situations d’intégration dans laquelle l’objectif terminal est mis en œuvre. Elle définit ensuite les compétences qui composent l’objectif terminal d’intégration. Selon Xavier Roegiers, c’est la façon la plus logique, car elle consiste à se demander tout d’abord quel est l’objectif terminal d’intégration que l’apprenant doit maîtriser au terme d’une année, c'est-à-dire à quelle type de situations complexes il doit être capable de faire face.
 Il suggère cinq étapes principales :
-       Déterminer les situations d’intégration de fin d’année ou de fin de cycle.
-       Déterminer l’objectif terminal d’intégration.
-       Déterminer les compétences qui contribuent à l’objectif terminal d’intégration.
-       Déterminer les compétences en tableaux de compétences.
-       Fixer les modalités d’évaluation des acquis des élèves.

Objectif terminal d’intégration

 
Compétences
Objectifs spécifiques
(capacités x contenus)
 Figure 2: Schématisation de l’objectif terminal d’intégration dans l’élaboration d’un curriculum en termes de compétences
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
Approche descendante

 

 
L’approche mixte
 
Elle consiste à effectuer un va-et-vient entre l’approche par les contenus et l’approche par l’objectif terminal d’intégration et les compétences. Dans cette démarche, les contenus contribuent à déterminer les compétences, et la définition des compétences contribue à modifier certains contenus, ou à leur accorder une moindre importance.

Contenus 1

 
Objectif d’intégration
Contenus 2 (ou plutôt objectifs spécifiques 2
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
  
Compétences 2
Figure 3: Schématisation de l’approche mixte dans l’élaboration d’un curriculum en termes de compétences
Compétences 1

 

 
Nous retenons de ces entrées de curriculums qu’elles se basent sur trois éléments principaux : l’objectif terminal d’intégration, les situations- problèmes et les compétences.
Ces compétences doivent être élaborées par les concepteurs du curriculum éducatif sous forme d’un référentiel de compétences correspondant au profil de sortie des apprenants après un cycle d’étude. Dans cette optique, André Guittet[21] considère, dans le domaine de l’emploi, le référentiel de compétences comme un outil méthodologique dont le but est de clarifier l’analyse des activités. C’est un outil de dialogue et de concertation avec les intéressés et les personnes concernées par l’emploi.
 
Approche par compétences et évaluation
 
L’évaluation s’inscrit dans une nouvelle dimension, et s’inspire d’une démarche logique et bien organisée sur le plan conceptuel et/ou sur le plan de la réalisation. C’est ainsi que l’élaboration des outils d’évaluation dépasse les pratiques ancrés dans l’inconscient des évaluateurs. Ce sont des pratiques qui relèvent de l’échantillonnage relatif aux contenus et objectifs spécifiques ou opérationnels. Mais dans cette nouvelle dimension, l’évaluation passe pardes situations complexes, appartenant à la famille de situations définie par la compétence et nécessitant de la part de l’élève une production elle-même complexe.
 
Les modalités de l'évaluation  des compétences
 
Selon Xavier Roegiers [22], parler d’évaluation des compétences revient à considérer deux dimensions : la fonction de l’évaluation et la forme de l’évaluation.     
La fonction de l’évaluation peut viser trois objectifs différents (De Ketele et Roegiers, 1993) :
-          L’orientation de l’apprentissage au début de l’année scolaire où on évalue le degré de maîtrise des compétences de base de l’année précédente et où on procède au diagnostic des difficultés pour y remédier, de manière à ce que les nouvelles compétences à acquérir viennent se greffer sur des acquis fiables. Il s’agit d’évaluation diagnostique.
-          La régulation des apprentissages. Il s’agit d’évaluer le niveau de maîtrise des paliers des compétences de chaque apprenant ainsi que celles du groupe-classe dans le but de remédier aux difficultés que les élèves rencontrent. Il s’agit d’évaluation formative. Celle-ci se fait pendant les semaines d’intégration en deux phases :
o        l’évaluation de l’intégration des ressources du palier de la compétence à travers une première situation d’intégration ;
o        la vérification de la maîtrise de l’intégration des ressources du palier de la compétence à travers une deuxième situation d’intégration équivalente à la première.
-          Certifier l’apprentissage. C’est lorsqu’on évalue pour déterminer si l’élève a acquis les compétences minimales pour passer au niveau suivant ou à la fin d’un cycle. Il s’agit de l’évaluation sommative ou certificative.
 
La forme de l’évaluation consiste à placer l’élève face à une situation issue de la famille de situations définissant la compétence et à voir comment il se débrouille face à cette situation, en analysant ce qu’il produit par rapport à cette situation-problème. L’évaluation d’une compétence s’articule sur des critères et des indicateurs qui reflètent un seuil de maîtrise.
 
Les critères et les indicateurs de l’évaluation 
 
o     Le critère est une qualité à respecter. Il a un caractère général et abstrait. Par exemple : critères présentation, pertinence, cohérence …. Cependant, dans une évaluation, le critère, à lui seul reste insuffisant pour donner une information précise et fiable sur l’acquis effectif de l’élève. Il faut donc recourir aux indicateurs pour opérationnaliser les critères.
o     L’indicateur est un indice observable d’un critère. Il permet de le contextualiser, par rapport à une situation d’évaluation précise. Il a une valeur (soit une quantité, soit une valeur). En général, on se réfère à plusieurs indicateurs pour déterminer si un critère est respecté.
 
Les caractéristiques de l’évaluation des compétences par des situations complexes 
 
o     Cette évaluation exige de la part des élèves une production complexe et flexible, la plupart du temps non réductible à une seule et unique démarche, ni à un seul produit ;
o     L’épreuve d’évaluation est en majeure partie constituée de situations complexes, c’est-à-dire de situations dont la résolution nécessite d’articuler plusieurs ressources (il revient d’ailleurs à l’élève de trouver quelles sont les ressources pertinentes à mobiliser) ; une évaluation des ressources séparées n’est toutefois pas exclue à titre complémentaire ;
o     Les situations sont nouvelles, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas encore été résolues au sein de la classe, ni par l’élève, ni par l’enseignant ;
o     Les situations complexes doivent être prévues de manière garantir une représentativité de l’échantillon des ressources à mobiliser ;
o     Tout dispositif d’évaluation des compétences par des situations complexes devrait s’assurer que chaque élève a réellement appris à résoudre des situations appartenant à la famille de situations visée ;
o     L’évaluation des compétences par des situations complexes ne peut avoir lieu que si un apprentissage à ce type de résolution est préalablement organisé. Logiquement, il faut que les situations proposées lors de l’évaluation soient de même niveau que les situations proposées lors de l’apprentissage de l’intégration : ni plus compliquées, ni plus simples.
Comme on le voit, la composante évaluation n’est que succinctement abordée dans ce guide. Elle fera l’objet de plus de détail dans le guide réservé à l’évaluation des compétences. 

 
Conclusion
 
La réhabilitation de l’école marocaine ne peut être possible que s’il y a conjugaison d’efforts et d’approches, non seulement au niveau institutionnel ou organisationnel, mais également au niveau pédagogique.
Le Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche Scientifique, et plus précisément le Secrétariat d’Etat chargé de l’Enseignement Scolaire, a choisi d’implanter la pédagogie de l’intégration comme cadre méthodologique de mise en œuvre de l’approche par compétences, une approche qui a pour perspectives de :
-                                                                                                                      Développer chez les apprenants des compétences intégrant des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être, donnant un sens à l’apprentissage ;
-                                                                                                                      Permettre aux apprenants de réinvestir leurs acquis dans des situations de vie quotidienne sur le plan individuel, professionnel et social : développer et valoriser le savoir-agir ;
-                                                                                                                      Permettre à l’enseignant d’améliorer ses pratiques professionnelles en renforçant les méthodes actives ;
-                                                                                                                      Permettre à l’enseignant de repenser son rôle et celui de l’apprenant qui est mis au centre de l’action pédagogique et qui est donc appelé à participer activement à la construction des ses apprentissages ;
-                                                                                                                      Individualiser l’enseignement / apprentissage dans un système d’enseignement collectif en veillant à l’équité au sein de l’institution et à l’efficacité des prestations éducatives.
   Ceci étant, la mise en œuvre de l’approche par compétences ne peut être rendue effective et efficace que par l’adhésion et l’implication des acteurs pédagogiques à tous les niveaux de l’institution éducative, notamment les enseignantes et les enseignants, les inspectrices et les inspecteurs, ainsi que les formatrices et les formateurs qui vont utiliser le dispositif élaboré pour l’implantation de la pédagogie de l’intégration.
Il est à signaler, cependant, que le présent guide ne peut prétendre à l’exhaustivité et encore moins à la perfection; il constitue simplement un outil de travail et un document d’appui à côté du guide de la pédagogie de l’intégration, de celui de la formation initiale et continue et de celui de l’évaluation. L’exploitation de ces quatre guides peut être appuyée par des lectures personnelles des documents dont ils s’inspirent et qui sont mentionnés dans les bibliographies sélectives.
Pour conclure, il faut peut-être signaler que le changement est une « porte qui s’ouvre de l’intérieur »[23]. Il ne se fait ni par décret ni par coup de baguette magique, mais par l’implication et par l’engagement des ressources humaines qui constituent le capital le plus précieux de la Nation. A cet égard, tout un chacun est invité à mettre la main à la pâte pour contribuer à la réussite du pari, à promouvoir la nouvelle école marocaine, afin de bien former les citoyens marocains, des citoyens capables d’agir dans diverses situations de la vie socioprofessionnelle, des citoyens du monde, somme toute.
 
 
Bibliographie sélective
 
AMIGUES.R et al. (1996). Les pratiques scolaires d’apprentissages et d’évaluation. Edition Dunod savoir enseigner. Paris.
BISSONNETTE, S et al. (1993). Comment construire des compétences en classe, édition Chenelière Mc Graw-Hill 2001 Québec, Canada.
BOSMAN.C et al. (2000), Quel avenir pour les compétences ?. Editions De Boeck et Larcier université, pédagogie en développement. Bruxelles.
Charte de l éducation et de la formation, COSEF, Maroc, 1999.
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DE KETELE, J.M. (1996). L’évaluation des acquis scolaires : quoi ? pourquoi ? pour quoi? Revue Tunisienne des Sciences de l’Éducation, 23, p. 17-36.
Dossier spéciale de la revue prospective pédagogique n° 24 du mois d’avril 2002 « Enseigner des compétences  » . Edition Skhole. Maroc. 
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GIORDAN.A, (1998). Apprendre , Editions Belin. France.
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[1] Ce concept a été introduit par Jean-Marie De Ketele, à la fin des années 80 (De Ketele et al., 1989).
[2] Xavier Roegiers, 2000, ibid., p. 20.
[3] . Michel Develay, in Pédagogie collégiale (Québec), Vol. 9, n° 1, octobre 1995.
[4] . Xavier Roegiers, 2000, op. cit.
[5] . François-Marie GERARD, In Fruit ou compétence ? Capacité ou légume ? Billet d'hume/our face au jargon pédagogique.
 
[6] . Roegiers, X., 2000, op. cit.
[7] . Cité in Roegiers, X., 2000, op. cit.
[8] . Ces caractéristiques ont été identifiées par les participants au séminaire des experts portant sur la pédagogie de l'intégration et organisé du 5 au 6 juin 2008 conjointement par le Centre National d'Innovation Pédagogique et d'Expérimentation (CNIPE) et la Direction des Curricula (DC). Ce séminaire était animé par Xavier Roegiers, Président du Bureau d'Ingénierie d'Education et de Formation (BIEF – Belgique) et expert UNESCO.
[9] . W.Doise et G.Mugny, Psychologie sociale et développement cognitif. Paris. A.Colin ; 1997.
[10] . Perrenoud, Philippe,  propos recueillis par Poala Gentile et Roberta Bencini, op. cit.
[11] . Xavier Roegiers, L’APC, qu’est-ce que c’est ? , 2006, op. cit. p. 19
[12] Ce type de planification, à laquelle on a eu recours dans certains pays à la fin du XXe siècle, est actuellement fortement en régression, en raison de la dépendance qu’elle induit au niveau de l’enseignant. Ce modèle « applicationniste » (Tardif, 1998) est abandonné progressivement au profit du modèle de la professionnalisation qui vise l’autonomisation de l’enseignant.
[13] . Xavier Roegiers, op. cit.
[14] . Cette partie sur les convergences et les divergences s’appuie sur les travail de Roegiers, X., L’approche par compétences dans les curriculums en Afrique francophone : quelques tendances , décembre 2007.
[15] . Roegiers, X.,décembre 2007, op. cit.
[16] . Roegiers, X.,décembre 2007, op. cit.
[17] . Roegiers, X.,décembre 2007, op. cit.
[18] . Roegiers, X.,décembre 2007, op. cit.
[19] Xavier Roegiers, Analyse d’une action d’éducation ou de formation, De Boeck université, Paris,
     Bruxelles, 1997,p : 40.
[20]Xavier Roegiers ,2000, Ibid. p :157.
[21] André Guittet, Développer les compétences, ESF éditeur, 2e édition 1998, Paris, p 63.
[22] Xavier Roegiers, 2000,ibid., p :227.
[23] . Titre d’un livre de Jacques Chaize.
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